











Au milieu des années "50", pour gagner ses premières « Pesetas », notre père arborait les « Ferias » populaires des villages Andalous avec son appareil photo. Il y proposait des photos d’identité ou quelques autres clichés qu'il vendait aux habitants des « Pueblos ». C’est là que ses yeux clairs se figèrent sur une brune andalouse racée et typée qui venait avec ses sœurs, profiter d'un peu de loisir avec les quelques pièces durement gagnées dans les champs de cotons où elle se rendait depuis tôt le matin jusqu’à la pénombre du soir... pour ramasser cet or blanc ...
Cette jeune fille à la beauté envoutante était l’ainée d’une fratrie de cinq sœurs et d'un frère. Elle secondait sa mère, une femme pauvre des campagnes, à joindre comme elle pouvait les deux bouts de chaque journée. Notre mère nous racontait que l’addiction au jeu d’un père absent et crédule qui se faisait piller l’argent du travail dans les bars … la conduisit à tenir le rôle de seconde mère du foyer. Ainsi, plus d’une fois elle partait seule aux aurores en marchant à plusieurs kilomètres dans les villages environnant, juste pour chercher de quoi manger et faire subvenir son frère et ses sœurs. En ces temps de misère, la pauvreté de la famille de notre mère analphabète contrastait d'évidence avec le milieu un peu plus aisé de ce photographe amoureux, quatrième enfant d’une fratrie de huit.
Les chemins de ceux qui allaient devenir nos parents se croisèrent donc dans l'une de ces fêtes de village. Notre père qui avait alors 24 ans faisait la cour à sa belle encore adolescente de 15 ans ; selon les codes des années « 50 » dans une Andalousie pieuse où le regard de l’autre avait un sens lourd et tabou quant aux relations entre homme et femme.
Notre père commença vite à apprendre un vrai métier auprès de son frère ainé qui le forma à être horloger alors qu’il laissa la photographie ne devenir qu'un simple passetemps. Notre mère, par des petits boulots ici et là continuait à vivre et faire vivre une famille délaissée par un père mutilé de la guerre civile et toujours enferré dans le vice des jeux d’argent. Obligée aussi de s’occuper d’un frère malade toute sa vie, celui-ci décèdera à la fin de l'année 1960
Les photos de cette page attestent à cette époque du look à la « James Dean » de notre père et franchement de la stature de vedette hollywoodienne de notre mère, aux airs d’un mélange de « Vivien Leigh », « Ava Gardner » et « Audrey Hepburn ». Quelle belle femme !
Les deux tourtereaux se marièrent le 31 juillet 1960 et s’installèrent à San José, petite bourgade de Séville dans une maison où vivait aussi notre grand-mère paternelle. Notre père s’ouvrit une horlogerie et c’est ainsi que commença véritablement une vie pourtant très incertaine de travail et d’avenir.
En 1964, trois enfants sont déja nés en trois ans : Anibal, Alberto et Marie Isabelle (1961,1962 et 1963)… Mais la promiscuité économique, les inondations catastrophiques qui endommagèrent le Pueblo… eurent raison de l'horlogerie de notre père, ravagée par les eaux. A cette situation dramatique notre père se retrouva sans travail et avec sa femme et ses trois enfants: à un tournant de sa vie.
Dans cette période d’immigration, mon père prit alors la décision de partir en France et s’en alla avec comme seuls compagnons : une valise, son courage, lidée de trouver une solution pour sa famille et surement un peu d’inconscience à cause de la barrière de la langue mais... aussi avec une mentalité de pionnier et un gout ancré en lui pour l’aventure.
Deux années plus tard, notre père installé et plus stable revint chercher sa famille pour quitter définitivement l’Espagne. Après un interminable voyage en train de près de trois jours, nous arrivions au Creusot le 13 janvier 1966 dans une ville inconnue recouverte d’un épais manteau blanc de plus d’un demi mètre d'une neige que nous ne connaissions pas.
Notre père avait été embauché dans les usines de Creusot Loire (la SFAC à l’époque) et n’eut jamais aucun état d’âme quant à son égo en devenant manœuvre spécialisé au contact arrassant des fours en fusion... après avoir été vendeur de bijoux et réparateur de montres habillé en cortard cavatte… Activité qu’il garda cependant avec le petit matériel qu’il avait ramené du pays et qui lui permettra de mettre un peu de beurre dans les épinards des siens en proposant ses services autour de lui. C’est ainsi que pour tout le monde il était devenu « El Relojero » (l'horloger) !
Nous vivions alors dans la promiscuité d’une chaumière dépourvue de tout confort - Rue des Puddleurs au Creusot...et grande comme deux pièces de 15 m². Notre mère ne sachant pas un mot de Français s’occupait de nous pendant que mon père partait à l’usine en quête d’un avenir meilleur pour sa tribu. En ces temps attardés et mal préparés, nos parents commencèrent à faire grandir la famille. Notre mère était presque tous les ans à la maternité à donner la vie. C’est ainsi que naquirent les cinq "Français" : Rémé (1966), Virginie (1968), Anna (1969), Adeline et José (décédé à trois jours) en 1970 et Germain (1971).
Deux ans après notre arrivée depuis le sud de l'Espagne, nous déménagions en 1968 dans une nouvelle cité « La Céca » et nous étions enfin installés dans un logement décent pour toute la famille. C’est un peu à partir de là que nous avons grandi, pris conscience du parcours de nos parents ... et que nos mémoires se rappellent des souvenirs les plus nostalgiques, tous empreints d’une grande affection pour ces parents qui modestes et humbles à fleur de leur peau et de leurs yeux, nous auront apporté tout ce que nous avions besoin pour être en priorité: bien éduqués, bien appris autour de valeurs essentielles où l’AMOUR aura été le ciment de nos destins, nos parcours et nos évolutions… au cœur d’une famille qui n’avait que cela comme seule richesse: La force de notre identité.. Et ne pas oublier d'où est-ce que nous venons !.
















Historia...


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